• Paris cherche à sortir de l'impasse diplomatique

     

    Les efforts déployés par la France à l'ONU suscitent un certain scepticisme.

    «Il n'est pas nécessaire de réussir pour entreprendre.» Jamais avare de bons mots, le représentant français à l'ONU, Gérard Araud, a bien résumé, en citant Guillaume d'Orange, la façon dont la France envisage l'impasse diplomatique du Conseil de sécurité sur le dossier syrien. Le blocage russo-chinois empêche toute avancée politique. La militarisation du conflit déplace le débat hors des Nations unies. Il n'en est que plus important, vu de Paris, de tout tenter pour ne pas laisser la situation échapper complément au Conseil.

    La France, qui préside cet organe depuis le début du mois, prépare donc une réunion des ministres des Affaires étrangères, le 30 août à New York, sur la situation humanitaire de plus en plus précaire. Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, ou l'un de ses adjoints, présentera un bilan sur le sujet. Quelque trois millions de personnes reçoivent actuellement sur place l'aide du Croissant-Rouge syrien, qui est dépassé par la situation. Les agences onusiennes et les ONG ne sont pas autorisées à intervenir sur place.

    Au Conseil, le calcul de la France est simple: si l'on s'en tient à de l'aide humanitaire, il n'y a pas de raison de ne pas aboutir à un consensus. En outre, il devient urgent de casser la dynamique négative qui prévaut entre les pays occidentaux et le duo Russie-Chine en réengageant le dialogue. Les diplomates de plusieurs pays occidentaux ont abordé ensemble, ce lundi à New York, la possibilité de faire adopter une résolution sous chapitre VI, sans menace d'usage de la force, qui rappellerait la nécessité de venir en aide aux populations civiles. Mais Gérard Araud n'a lui-même pas caché son pessimisme, le 2 août, en prédisant «des objections» de la Russie. «La volonté de la Russie à chaque fois est de diluer la question pour détourner l'attention de la crise syrienne», avait-il dit. Le diplomate, pourtant habitué aux joutes verbales avec son homologue russe, Vitaly Tchourkine, ne veut pas d'une nouvelle bataille.

    Un certain scepticisme domine aussi chez les autres diplomates occidentaux du Conseil. «Nous soutenons l'initiative de la France, mais nous hésitons à envoyer notre ministre si c'est pour que ça finisse en affrontement à l'ONU avec la Russie. De l'autre côté, nous ne voulons pas d'un texte au rabais qui déçoive le peuple syrien», souligne l'un d'entre eux. Interrogé sur l'impact à attendre de la réunion voulue par la France, un autre diplomate est plus direct: «Aucun, il n'y en aura sûrement aucun.» Les États-Unis ont pratiquement fait un trait sur le Conseil de sécurité. Personne n'ignore que, depuis le précédent libyen, Russes et Chinois soupçonnent les Occidentaux de vouloir les manipuler. «Ils craignent qu'une résolution dite “humanitaire” ne soit une excuse des Occidentaux pour affaiblir Assad et légitimer une intervention militaire future, souligne Richard Gowan, expert au Center for International Coopération. La pilule de l'intervention “humanitaire” en Libye n'est toujours pas passée.»

    Préparer la transition

    En attendant, les deux camps se préparent à des négociations difficiles sur la mission onusienne en Syrie (Misnus), dont le mandat expire le 19 août. La plupart des membres du Conseil estiment que ce corps, réduit à 150 observateurs coincés dans leur chambre d'hôtel au cœur d'un environnement de plus en plus dangereux, n'a plus de raison d'être. La Russie veut au contraire qu'elle soit maintenue, voire renforcée avec beaucoup plus d'hommes sur le terrain, car elle apporte, selon elle, un regard «objectif» sur le conflit.

    Pour couper court à un éventuel projet russe en ce sens, les Occidentaux, qui soupçonnent Moscou de chercher à faire gagner du temps à Bachar el-Assad, appuient la volonté du secrétaire général de maintenir une présence exclusivement politique sur le terrain pour préparer la transition. La tâche doit incomber au remplaçant de Kofi Annan, qui pourrait être nommé dès la semaine prochaine. Kofi Annan, lui, ne devrait finalement pas envoyer de représentant à la réunion sur le conflit syrien qui aura lieu demain en Iran.


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